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Le système de dette

Article d’Olivier Berruyer, du 16 janvier 2012:

I. L’endettement public

Depuis les années 1975, les États occidentaux ont plongé dans les déficits, sans jamais en sortir. Plutôt que de lever les impôts correspondant à leurs dépenses, ils ont systématiquement dépensé plus que leurs recettes – et ont emprunté la différence sur les marchés financiers, c’est à dire in fine aux épargnants privés comme vous ou moi.

Pour cela, les États émettent des Obligations (les fameux Bons du Trésor), évidemment rémunérées par un taux d’intérêt. Ce taux d’intérêt est fixé suivant l’offre et la demande par “les marchés”, donc par les prêteurs – ce qui est normal. Il varie évidemment en fonction de la durée du prêt, et des anticipations des prêteurs sur de nombreux paramètres comme l’inflation, la croissance ou, bien évidemment, la solvabilité de l’État – le but étant d’être remboursé, l’État en question vous en donnant sa parole. Ainsi, vous ne prêterez pas votre argent à 5 ans au même taux à la France, à la Russie et au Tchad…

Tout ceci dépend donc de la vision des marchés obligataires sur le devenir des finances publiques et l’estimation de la capacité de l’État à rembourser.

II. Le scandale de l’endettement public

Le principal problème de l’endettement public, à mon sens, est son caractère scandaleux : au lieu de prendre sous forme d’impôt une partie de l’épargne des plus aisés, l’État génère du déficit et est obligé de leur emprunter ces mêmes sommes moyennant le paiement d’intérêts et promesse de remboursement (au lieu de prendre simplement ces sommes). Les plus aisés se font donc rémunérer leur épargne “sans risque” par l’État, au lieu de payer des impôts…

Environ 70 % des créances sur les dettes publiques sont possédées par les 10 % les plus riches de la population, qui touchent donc 70 % des intérêts. Rappelons le budget 2011 de la France : en gros 200 Md€ de recettes, 290 Md€ de dépenses dont près de 60 Md€ d’intérêts. On comprend donc, l’impôt étant assez peu redistributif (nettement moins que l’écart de patrimoine), que le système de la dette publique enrichit les plus riches au détriment des plus pauvres, qui payent des impôts sans avoir de patrimoine financier rémunéré. J’estime ce transfert ainsi :

charge de la dette nette

charge de la dette nette

Ainsi, les intérêts pompent de 2 à 4 % des revenus des 90 % les plus pauvres de la population, pour enrichir les 5 % les plus riches à hauteur de 4 % de leur revenu.

La dette publique, c’est ainsi un impôt à l’envers : le contribuable (donc tous les Français) rémunère grassement l’épargne garantie sans risque des plus aisés de la population !

Pour ceux qui douteraient du caractère anti-social du processus, je rappelle cette citation :

« La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. […]. Le crédit public, voilà le credo du capital. » [Karl Marx, Le capital, Livre 1, Huitième section]

Je ne développe pas plus, nous y reviendrons bientôt – vous pouvez vous référer à mon article Le Malheur est dans le prêt en attendant.

III. Le danger de l’endettement public

Le danger de l’endettement public est qu’il finit à peu près toujours mal.

Il suffit de réfléchir simplement :

  • si un État s’endette aujourd’hui, c’est qu’il ne VEUT pas lever des impôts aujourd’hui ;
  • or, comptablement, 1 euro de dette aujourd’hui, c’est forcément 1 euro d’impôt demain (et même un peu plus en raison des intérêts) ;
  • et donc pourquoi voudriez-vous que le même État VEUILLE (et PUISSE) lever cet impôt demain ?

Je vous arrête tout de suite si vous comptez sortir la faribole du “oui, mais cet euro d’impôt va servir à investir, et cet investissement va rapporter de l’argent demain, et cet argent “nouveau” permettra de rembourser, etc“.

Cet argument néo-conservateur est répété à l’envie, mais il est faux à de nombreux égards :

  • la dette ne correspond pas forcément à des investissements productifs : il sert souvent à des investissements non productifs (dois-je parler de ronds-points, de 2 x 3 voies en Corrèze, d’aéroports inutiles, …) ;
  • seul 4 % du budget de l’État correspond à des investissements, le reste est surtout constitué de salaires (vous lisez bien, cela fait 12 Md€ d’investissements pour près de 290 Md€ de dépenses – et 90 Md€ de déficit !) et autres TVA à 7 % dans la restauration ;
  • mais pour un État, il est très spécieux de différencier investissement et fonctionnement : le rond-point c’est de l’investissement, le salaire d’un chercheur du fonctionnement, mais quel le vrai investissement de la Nation entre les deux ?

Bref, tout ceci est un beau micmac impossible à démêler…

Mais revenons-en aux faits : on arrive à 1700 Md€ de dette, la croissance est nulle, une once d’honnêteté intellectuelle devrait conduire à reconnaître que la rentabilité est très modérée pour rembourser… C’est incroyable cette façon de ne pas remettre en question des modes de pensées contredits par la réalité.

Je ne condamne nullement ces dépenses, entendons-nous bien, cette conclusion est celle de néo-conservateurs. Je dis simplement que si on voulait les faire, il fallait prendre sur l’épargne dans le passé pour les financer ! Maintenant, nous allons quand même être obligé de diminuer fortement l’épargne des français d’une façon ou d’une autre (défaut ou taxation majeure de l’épargne) – et au final, magie de la comptabilité, l’épargne sera au même niveau que si on avait levé régulièrement plus d’impôts dans le passé pour équilibrer les budgets.

Car rappelons bien : 1 euro de dette publique, c’est un euro d’épargne privée investie en créance publique, et donc un euro de dette en moins, c’est un euro d’épargne en moins, détruite par imposition.

Je résume : au final, on avait le choix entre deux solutions dans le passé

  1. lever 1€ d’impôt en plus (ou dépenser moins, mais cela revient au même, j’y reviendrai) pour équilibrer les budgets – l’épargne aurait donc été plus faible ;
  2. ne pas lever l’impôt et laisser donc 1 € d’épargne en plus dans le pays, faire 1 € de déficit, emprunter cet euro aux épargnants, et un jour, lever cet euro d’impôt en diminuant l’épargne privée pour rembourser.

Aux intérêts près, les deux solutions sont équivalentes, vous avez simplement laissé de l’épargne “fictive” croître dans le pays (car gagée par des impôts à venir) et cette épargne doit finir par être détruite pour rembourser les dettes. C’est comme pour un ménage.

Et TOUT LE PROBLÈME est que plus le temps passe, plus on utilise la facilité de la dette, car elle ne coûte rien à personne concrètement, puisque le contribuable ne paie rien et les prêteurs s’enrichissent par les intérêts. On augmente simplement en permanence le total des “reconnaissances de dettes / promesses de payer” du contribuable, et cela ne mange pas de pain car :

« Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. » [Jacques Chirac, Le Monde, 22 février 1988 – d’après Henri Queuille]

Comme pour tout ménage ou entreprise surendetté, il arrive un stade où la dette devient non remboursable, et à partir de là, le jeu continue tant que le prêteur prête, mais cesse dès qu’il perd confiance et coupe le robinet en prenant ses pertes.

« On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire. » [Louis-Ferdinand Céline]

C’est ce qui arrive en permanence aux États, depuis des siècles : une dette en croissance et un beau jour, un krach : l’État fait défaut, soit “officiellement” (il informe qu’il ne remboursera pas), soit par hyperinflation (il rembourse avec de la monnaie de singe), ce qui ne change pas grand-chose pour le prêteur.

Historique dette publique France

Seule une méconnaissance crasse de l’histoire économique fait dire aux néo-conservateurs qu’il n’y pas de problème avec la dette car “un État peut toujours rembourser car il a le pouvoir de lever tous les impôts nécessaires”. La seconde partie est vraie : la dette publique est bien largement inférieure au patrimoine du pays, et donc, tel Pierre Dac / Sâr Rabindranath Duval : OUI, IL PEUT LE FAIRE.

Il y a juste un problème : il ne le fait JAMAIS ! Car au stade où il devrait le faire, il a le choix entre appauvrir une poignée de créanciers ou appauvrir toute sa population, et comme en Démocratie :

“Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs Représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.” [Article XIV de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789]

il préfère faire perdre de l’argent à ses créanciers.

Les défauts d’État sont permanents (70 dans les 35 dernières années !), comme nous l’avons vu dans ce billet :

défauts Etats souverains

« On nous rassure constamment sur le fait que les gouvernements ne manqueront pas à leurs engagements concernant la dette. Dans les faits, cependant, les gouvernements un peu partout dans le monde font défaut à leurs engagements avec une incroyable régularité soit directement soit par le biais de l’inflation ; ce qui fut le cas pour les États-Unis dans les années 70 mais aussi dans les années 30 lorsqu’ils ont procédé à la dévalorisation de l’or par rapport au dollar de 20 dollars à 34 dollars l’once. » [Kenneth Rogoff, Project Syndicate, 2009]

Et encore, c’est un progrès, rappelons que Philippe le Bel les a expulsés ou brûlés – autre manière d’éteindre ses dettes…

Jacques de Molay, grand maître des Templiers mort sur le bûcher le 18 mars 1314, à l’origine de la légende des rois maudits

Ainsi, un État ne fait jamais défaut car il ne PEUT véritablement plus lever des impôts, il fait défaut car il ne VEUT plus rembourser, car il a plus d’avantages à cesser de rembourser qu’à continuer. C’est sans doute cynique, c’est la “raison d’État”, et tout un chacun a le droit de trouver cela malsain. C’est pour cela que je suis contre la dette publique.

MAIS on n’a pas le droit de jeter des monceaux d’anathèmes sur les États : c’est la règle du jeu, elle est fixée depuis des siècles – que dis-je, plusieurs millénaires – aux prêteurs de faire attention et d’être prudents. Je trouve lassant cette ritournelle contre les États “impécunieux” (qui se sont simplement endettés pour payer des intérêts aux plus riches, soit-dit en passant), sans JAMAIS parler de la responsabilité des emprunteurs.

Car oui, pour moi les fautifs sont essentiellement les prêteurs – parfois à leur corps défendant, c’est vrai. Mais il est dans la NATURE HUMAINE, des politiques, des États, de préférer faire de la dette que d’être rigoureux. Comme pour un ménage. Si les prêteurs jouent le jeu de le dette, comme un simple “COFITELEM” endettant à outrance des smicards, et bien qu’ils prennent leurs pertes au moment du défaut. Ne me dites pas que le prêteurs à la Grèce en 2007 ne pouvaient pas savoir qu’elle truquait ses comptes, n’appelait pas les impôts nécessaires ou n’avait pas de cadastre, je me rappelle des débats à ce sujet au moment de son entrée dans l’euro en 1999… Je ne me serrerai pas la ceinture pour eux, à chacun d’assumer les conséquences de ses choix…

“Ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu, la vie continue…” [Thomas Sankara, à propos des défauts face aux prêteurs à l’Afrique surendettée, 29 juillet 1987, à lire, que dis-je, savourer, dans ce billet]

Je rappelle au passage que tout le monde nous serine sur le côté “sans risque” des obligations publiques, alors que le taux sans risque doit être proche de l’inflation. Quand on est rémunéré 4 ou 5 % par an pour un prêt à la France depuis des années, OUI, il y a un risque, évidemment compté dans le taux ! Et on ne peut vouloir toucher la prime de risque et refuser de prendre ses pertes au moment de l’inéluctable défaut…

IV. La notation des États

Ainsi, fort logiquement, l’investisseur souhaite avoir une vision de la situation des finances publiques d’un État lorsqu’il lui prête de l’argent. C’est un besoin plus que rationnel.

C’est là qu’interviennent les agences de notation. À l’origine, elles notaient surtout les entreprises, pour que les investisseurs aient une vision assez juste de leur situation. La notation n’est d’ailleurs qu’une OPINION de l’agence de notation. Les trois plus grandes sont américaines : Moody’s, Standard&Poor’s et Fitch.

Elles se sont mises au fil du temps à noter les États. La difficulté est que, si le besoin est le même, la technique est forcément bien plus sujette à caution. Car une entreprise n’a JAMAIS le choix : elle doit toujours payer, et même “elle paye ou elle meurt”. Pour noter une entreprise, il “suffit” donc de savoir si elle est au bord du dépôt de bilan ou pas, ce qui peut s’analyser assez “facilement” quand même, en général.

Mais pour un État c’est autre chose, puisque le fond n’est pas tant sa CAPACITÉ à payer que sa VOLONTÉ. Et là, c’est très subjectif, évidemment.

Et pire, il y a un cercle vicieux, non pas dans la notation, mais dans l’appréciation des marchés : moins les marchés auront confiance, plus les taux demandés seront hauts, donc plus le coût de l’endettement sera cher pour l’État : ce cercle vicieux déséquilibrera les finances publiques, puis diminuera la confiance des marchés, ce qui augmentera les taux, etc. Ces marchés ont donc un pouvoir énorme.

“Autrefois, j’aurais aimé être réincarné en président des États-Unis, en pape ou en champion de base-ball, mais désormais je voudrais revenir en marché obligataire. Comme ça, on peut intimider tout le monde.” [James Carville, ancien directeur de campagne de Bill Clinton, 1993]

On comprend donc l’importance FONDAMENTALE de disposer d’une notation assez JUSTE. Si cela marchait bien, la note baisserait avec le risque, et donc les taux monteraient graduellement, obligeant l’État à corriger ses budgets pour retrouver la voie de l’équilibre. C’est ce qu’avaient en tête les allemands dans les années 1990 d’ailleurs, se doutant que les États seraient tentés de ne pas respecter les critères de Maastricht et pensant que les marchés feraient la police.

Illusion – les marchés ne font pas la police, ils ne sont pas rationnels, ils visent à faire de l’argent rapidement, c’est tout.

Faire de la dette publique, c’est se mettre dans la main de marchés financiers irrationnels, c’est donc faire abdiquer la démocratie. Mais là encore, les marchés n’y sont pour rien, les responsables sont bien les élus qui ont décidé que les États ne devaient plus lever les impôts nécessaires, ceux qui ont voté 38 budgets de suite en déficit, et bien entendu ceux qui ont voté pour ces élus…

« Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. […] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. » [Napoléon Bonaparte]

Les attaques contre les agences sont ainsi véritablement navrantes et ridicules, cela revient en gros à blâmer son thermomètre pour sa grippe !

Ce qui détruit le libre choix démocratique, ce n’est pas Standard & Poor’s, c’est évidemment cela :

Dégradation 13 janvier 2012

Dettes

V. Notes et taux

Rappelons que les agences utilisent un système un peu complexe de notation à base de A, B et C, doublés ou triplés, avec + ou -… Voici une synthèse, avec un essai de correspondance avec une note sur 20 de la sécurité de l’investissement :

bareme agences de notation

Le souci est que les 3 agences ont été (et sont toujours) très complaisantes envers les États, et ne les ont pas dégradé quand il aurait fallu. Cela les a avantagés par le passé, en leur permettant de s’endetter pour “pas cher”, mais maintenant, ils ont accumulé des monceaux de dette qu’ils ne peuvent pas rembourser, et dès que les taux vont monter, ils vont être précipités vers le défaut…

Notations des Etats par les agences

C’est pour cela que nous suivons de très près sur ce blog depuis un an et demi l’évolution des taux :

Météo des taux souverains

Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que cela va mal finir – évidemment, comme tout surendettement.

Pour la France, je rappelle que j’ai ici expliqué début novembre que, au vu de l’écart avec l’Allemagne, le Triple A avait été perdu dans les faits :

Spread taux france allemagne

Il est donc NORMAL que les agences dégradent la France, car elles n’auront jamais raison contre les marchés. Bien plus, il faut dénoncer le fait qu’elles n’aient pas dégradé AVANT la hausse de l’écart cet automne, car c’est comme cela qu’il faudrait que cela se passe !

“Etre dégradé consiste, un peu comme au lycée, à passer d’un 20/20 à 19. Ça ne veut pas dire que vous allez louper le bac. Ensuite, il n’y a pas de corrélation systématique entre la note d’un pays et les taux d’intérêt réclamés par les investisseurs. Nous avons dégradé les États-Unis cet été et leurs taux ont diminué. De même, le Japon noté AA- se finance aussi à des taux très bas. D’ailleurs, malgré son triple A, les investisseurs traitent aujourd’hui la France comme si elle était notée triple B.” [Jean-Michel Six, chef économiste pour l’Europe de Standard & Poor’s, 6 janvier 2012]

VI. La dégradation du 13 janvier 2012

Ainsi, après les États-Unis le 6 août 2011, Standard & Poor’s a (enfin !) commencé à dégrader 9 pays de l’EuroZone le vendredi 13 janvier 2012, dont la France :

degradation note 13 janvier 2012 triple a perte perdu

Et plus visuellement :

Dégradation 13 janvier 2012

Dégradation 13 janvier 2012

Dégradation 13 janvier 2012

Rappelons-bien : la dégradation que nous venons de subir est historique car symbolique, mais elle est aussi ridicule : cela revient à passer de 20/20 à 19/20 ! Il faudrait baisser beaucoup plus pour être en phase avec la réalité ! Cela revient à voler en avion de nuit avec un altimètre bloqué à 10 000 pieds – crash assuré !

Voici l’État à ce jour des notations publiques :

Notations des Etats par les agences

Là encore, pas besoin d’être un génie pour percevoir le trend de dégradation, et anticiper la tendance des prochains mois. Comme le jeu cessera rapidement dès que les grands États passeront au niveau simple A, et les moyens au triple B, on voit bien que la vérité devrait éclater au grand jour en 2012 – ou qu’une solution miracle sera trouvée cette année. Les choses ne pourront probablement pas continuer ainsi jusqu’en 2013…

On constate également des anomalies dans la notation de S&P :

  • les États-Unis devraient être dégradés d’au moins 2 crans – ils ne semblent pas pouvoir voter la moindre mesure pour réduire sérieusement leurs déficits ;
  • l’Angleterre devrait être dégradée d’au moins 2 crans – la situation y empire fortement ;
  • l’Allemagne ne devrait pas avoir été passée en perspective stable vu la récession en 2012…

La note de S&P est disponible ici, son commentaire général est là et celui sur la France ici.

Contreinfo a eu la bonne idée de traduire des extraits sur l’opinion sur la France :

L’abaissement [de la note française] reflète notre opinion quant à l’impact de l’aggravation des problèmes politiques, financiers et monétaires dans la zone euro.

Les résultats du sommet de l’UE du 9 décembre 2011, et les déclarations ultérieures de la part des responsables, nous amènent à penser que l’accord conclu n’a pas produit une avancée de portée et d’ampleur suffisantes pour traiter entièrement les problèmes financiers de la zone euro.

À notre avis, cet accord politique ne procure pas suffisamment de ressources supplémentaires ou de souplesse opérationnelle qui permettraient de renforcer les opérations de sauvetage européennes, et d’accroître suffisamment le soutien aux Etats de la zone euro qui sont soumis à des pressions plus fortes des marchés.

Nous estimons également que l’accord est fondé uniquement sur une compréhension partielle des causes de la crise, selon laquelle la crise financière actuelle découlerait principalement de la prodigalité budgétaire [des nations] de la périphérie de la zone euro.

Cependant, à notre avis, les problèmes financiers auxquels fait face la zone euro sont autant une conséquence de déséquilibres extérieurs croissants, et de divergences de compétitivité entre le noyau de la zone euro et ce qu’on appelle la « périphérie ».

Dans cette mesure, nous pensons qu’un processus de réforme reposant seulement sur le pilier de l’austérité budgétaire risque de devenir auto-destructeur, avec une demande intérieure déclinant parallèlement à la montée des inquiétudes des consommateurs au sujet de la sécurité de l’emploi et du revenu disponible, érodant ainsi les recettes fiscales des nations.

En conséquence, en accord avec nos critères publics d’évaluation des Etats, nous avons révisé à la baisse la note politique que nous attribuons à la France. Ceci reflète notre point de vue sur l’efficacité, la stabilité et la prévisibilité de la politique de l’Europe et de ses institutions politiques (avec laquelle la France est étroitement intégrée) qui n’ont pas été aussi fortes que ce que nous pensons nécessaire face à la la gravité de ce que nous voyons comme une crise financière de l’eurozone qui s’étend et s’aggrave.

Les notes attribuées à la France continuent de refléter notre point de vue sur son économie prospère, vigoureuse et riche et diversifiée, et sa main-d’œuvre hautement qualifiée et productive.

Nous jugeons que ces forces sont partiellement contrebalancées par un niveau relativement élevé de dette publique en France, ainsi que ses rigidités du marché du travail.

Nous prenons note que le gouvernement s’attaque à ces deux questions par une stratégie de consolidation de son budget et des réformes structurelles.

Enfin, pour bien percevoir la complaisance, voici d’ailleurs la note de la France attribuée par différentes agences :

degradation note 13 janvier 2012 triple a perte perdu france

L’agence chinoise et la petite agence américaine sont nettement plus proches de la réalité. Honte à Fitch…

VII. Conséquences

Je n’aime pas trop jouer les pythies, surtout que les faits m’auront peut-être donné tort quand vous lirez ces lignes…

Nous avons vu que les taux de la France ont augmenté depuis 3 mois, bien avant la dégradation de vendredi, qui est bien tardive. En théorie, il ne devrait guère y avoir d’effet sur les taux à court terme.

La pratique risque d’être différente, car ce sont 9 pays qui ont été dégradés, et restent en perspective négative, ce qui ne devrait pas rassurer les marchés. D’un autre coté, la BCE a ouvert les vannes de liquidités, ce qui pourrait compenser.

Je suis plus inquiet de la suspension des négociations entre la Grèce et ses créanciers de vendredi, qui pourrait avoir un effet beaucoup plus important, la Grèce se rapprochant de son défaut – qui devient lassant à force d’être attendu…

Enfin, les impacts géopolitiques (stabilité de l’Allemagne, baisse de la France, forte baisse de l’Espagne et de l’Italie) seront sans doute importants.

Bref, semaine sans doute tendue à venir. Jusqu’au sommet du 30 janvier, 14e “sommet de la toute dernière chance”, qui calmera peut être les choses 15 jours, etc. Jusqu’à ce que le point de rupture finisse par être atteint :

« Il n’y a aucune linéarité dans le comportement des investisseurs vis-à-vis d’une dette publique. Vous empruntez longtemps avec des taux d’intérêt bas, rien ne se passe… et soudain vous touchez votre plafond de dette, et tout bascule. On ne sait jamais quand cela se produit, si ce sera quand la dette atteint 90, 100 ou 150% du PIB, mais tous les pays ont un plafond. Au-delà, la situation n’est plus maitrisable. » [Kenneth Rogoff, NouvelObs.com, septembre 2010]

Source : Perte du triple A, origine et consequences, sur les-crises.fr

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